Ces quelques clichés sont arrivés ce matin dans ma boîte mail comme un cadeau silencieux. Des images volées par ma @juli_etta._ lors d’un shooting Atelier Swan sur lequel je me chargeais de la vidéo. Quelques fragments d’une journée de travail parmi tant d’autres, mais qui racontent pourtant quelque chose de beaucoup plus grand que ça.Parce qu’en regardant ces photos, je n’y vois pas simplement mon travail. J’y vois surtout cette période de ma vie, j’y vois ces derniers presque 20 mois.
Cette maternité. Cet équilibre étrange, mouvant, parfois fragile, entre la création, le travail, les ambitions que je continue de porter en moi … et cette petite personne qui redéfinit soudainement toute ma manière de vivre et d’exister. Depuis qu’elle est née, mes journées ne ressemblent plus à rien de linéaire. Tout s’imbrique, tout déborde un peu sur le reste.
Je travaille souvent le soir, quand la maison s’endort enfin. Quand le silence revient doucement dans les pièces et que commence alors une deuxième journée, plus invisible celle-ci. Celle des retouches, des mails, des montages vidéos, des idées griffonnées trop tard, des listes que l’on décale au lendemain en sachant pourtant qu’elles reviendront.
Il y a les journées où je dois partir travailler sans elle. Celles où je laisse mon bébé à ma maman. Celles où mon amoureux pose des congés pour que je puisse m’éclipser quelques heures ou une journée entière. Et cette sensation étrange, parfois, d’être à deux endroits à la fois. Il y a aussi cette mission silencieuse que je me suis donnée depuis sa naissance : continuer cet allaitement qui dure désormais depuis presque vingt mois. Parce qu’au fond de moi, cela me semblait être ce qu’il y avait de plus juste pour notre histoire.
Le cœur toujours un peu coupé en deux. Et puis il y a les autres jours. Ceux où elle vient avec moi. Les shootings transformés en promenade. Les pauses devenues des jeux. Les moments où elle observe le monde avec ses yeux immenses pendant que j’essaie, moi aussi, de continuer à regarder la vie avec un peu de cette curiosité-là. Je crois que depuis que je suis devenue maman, ma manière de travailler a changé. Pas dans le sens où je travaille moins, je crois même que je n’ai jamais autant travaillé mais dans la manière dont je regarde les choses. Je vais plus lentement parfois, je choisis davantage, je protège mon temps autrement.
Il y a beaucoup de renoncements dont on parle peu lorsque l’on devient parent. Pas les grands sacrifices héroïques que l’on romantise souvent. Non. Les petits, les presque invisibles. Les soirées où l’on voulait simplement ne rien faire mais où l’ordinateur finit malgré tout par se rouvrir. Les moments pour soi que l’on repousse sans même vraiment s’en rendre compte. Les discussions de couple interrompues par la fatigue. Les journées où l’on aimerait être partout à la fois et où l’on a finalement l’impression de n’être complètement nulle part.
Et pourtant, je crois profondément que cette vie-là, aussi imparfaite soit-elle, est précieuse.
Parce qu’au milieu du désordre, il y a aussi quelque chose de très beau : la possibilité d’être présente, vraiment présente. Voir ses premiers émerveillements, ne pas manquer ces petites choses qui paraissent anodines aujourd’hui mais qui deviendront immenses dans nos souvenirs plus tard.
Alors oui, tout cela demande beaucoup d’organisation. Beaucoup de souplesse aussi. Une immense charge mentale parfois et surtout des gens profondément bienveillants autour de soi. Je mesure chaque jour la chance que j’ai de travailler avec des personnes qui comprennent cette manière un peu différente de fonctionner. Je crois que nous faisons tous simplement de notre mieux avec nos contradictions, nos fatigues, nos doutes, nos ajustements permanents.
Et peut-être que ces lignes sont simplement là pour ça. Pour rappeler que derrière les images douces, les jolis cadrages et les instants qui semblent suspendus, il existe aussi tout ce qui ne se voit pas. Les journées trop courtes, les to-do lists inachevées, les vêtements pliés à minuit, les peurs silencieuses, les compromis, l’amour immense. Rien n’est parfaitement lisse et c’est peut-être précisément ce qui rend tout cela si vivant.
Les photos sont de Julie Valentin ♡


